Pourquoi le score du Luxembourg en matière d’intégration est si moyen

 Samstag und Sonntag, den 26./27. Juli 2025   Luxembuzrger Wortr 
Analyse & Meinung

Le chemin reste encore long pour le Grand-Duché, qui doit assurer l’égalité des chances et garantir une sécurité durable tant pour les citoyens étrangers que luxembourgeois
Par Serge Kollwelter
 

Mesurer les politiques d’intégration des
États membres de l‘UE et au-delà est un
exercice auquel le Migration Policy Group
(MPG) s’attelle depuis 2007 avec son in-
dex d’intégration Mipex.
Mipex évalue les politiques à travers
lois et règlements, ce qui est un garant
de l’objectivité sans toutefois rendre
compte des effets de la législation dans la
pratique. C’est ainsi que le score de
100/100 de la Belgique en matière d’anti-
discrimination ne signifie pas qu’il n’y a
pas de discrimination chez nos voisins,
mais simplement que le cadre légal y est
optimal.
En 2019, le Luxembourg avait engrangé
une avancée de huit points. En 2024, il en-
registre une baisse d‘un point pour un
score global de 61 points sur 100.
Les scores obtenus dans chaque do-
maine sont les suivants : mobilité sur le
marché du travail 41/100 ; regroupement
familial 52/100 ; éducation 64/100 ; santé
50/100 ; participation politique 65/100 ; ré-
sidence permanente 58/100 ; accès à la na-
tionalité : 79/100 et anti-discrimination
80/100.
Notons côté lumière : l’accès au mar-
ché du travail est facilité pour les mem-
bres de la famille des immigrés non-euro-
péens et les demandeurs d’asile, d’après
la loi de 2023. Un projet pilote d’accès uni-
versel aux soins de santé est financé par
l’État. La voie vers la double nationalité et
naturalisation est facilitée après cinq ans
de séjour. Les citoyens étrangers consti-
tuant la quasi-majorité de sa population,
le Luxembourg fait davantage que la plu-
part des pays pour faciliter leur participa-
tion politique par le biais du droit de vote
local, des campagnes ponctuelles et du fi-
nancement des associations d’immigrés.
Le côté ombre du score luxembourgeois
 

La suppression du Conseil national pour
les Étrangers (CNE) et des commissions
communales d’intégration appelés à
suivre et à commenter (toutes) les politi-
ques nationale et communale réduit de la
sorte la participation politique des immi-
grés. Les nouveaux organes se limitent
tant au plan national que communal à met-
tre en place des mesures et des activités
favorisant le vivre-ensemble intercultu-
rel. Plus question de se pencher par exem-
ple sur des projets de loi ou sur les tra-
vaux du conseil communal. Aucune re-
présentation garantie des étrangers dans
ces nouveaux organes.
Des difficultés d’accès aux soins sub-
sistent pour les sans-papiers. L’accès est
encore limité à la formation profession-
nelle pour les nouveaux arrivants non-eu-
ropéens et des difficultés pour la recon-
naissance des compétences et diplômes
perdurent. Idem pour les inégalités per-
sistantes dans l’emploi, l’éducation et l’ac-
cès à la sécurité à long terme.
La performance tout à fait appréciable
dans le domaine de la législation sur les
discriminations pourrait être améliorée
simplement par l’attribution d’un pouvoir
d’enquête et d’action en justice du Cen-
tre pour l’Égalité de Traitement et une in-
demnisation des victimes. L‘accès à la ré-
sidence permanente au Luxembourg est
dans la moyenne de l’Europe occidentale,
mais plus compliqué que dans des pays
comme la Belgique, l’Italie, le Portugal,
l’Espagne et les pays nordiques.
L'accès aux emplois communaux : un vrai
paradoxe
Alors qu’au niveau municipal tous les ci-
toyens étrangers, dont les ressortissants
de pays tiers – une fois inscrits sur les lis-
tes électorales – peuvent voter et se faire
élire, les emplois communaux ne sont ac-
cessibles qu’aux seuls nationaux et ci-
toyens de l’UE.
On pourrait donc s’imaginer un ou une
bourgmestre disons de nationalité nigé-
riane, mais pas un portier d’école commu-
nale de nationalité britannique, ce dernier
étant seul soumis à un test de langue !
Ce que le MPG recommande
L’approche d’intégration est globalement
positive, mais incomplète. Dès lors, cer-
tains besoins devraient être renforcés
comme la participation politique (réins-
taurer un organe consultatif), l’accès à
l’emploi, l’égalité dans l’éducation et la sé-
curité de résidence à long terme.
Malgré des progrès, des inégalités no-
tables persistent dans plusieurs do-
maines clé. Le Luxembourg garantit les
droits fondamentaux, mais n’assure pas
encore pleinement l’égalité des chances
ni l’inclusion durable des immigrés.
Ce que le Luxembourg peut apprendre de ses
pays voisins
Avec 61 points, l’Allemagne égale le score
du Luxembourg, la Belgique atteint 70
points, la France seulement 56.
Au classement général, le Grand-Du-
ché est devancé par la Suède (86), la Fin-
lande (84), le Portugal (83), la Belgique
(70) et l’Espagne (64).
De quoi s’inspirer ailleurs ?
Il reste du chemin à parcourir
Le MPG fait les conclusions suivantes au
sujet du score luxembourgeois en ma-
tière d‘intégration : «Les politiques d'in-
tégration du Luxembourg restent légè-
rement favorables, bien que son score glo-
bal au Mipex soit passé de 62 à 61. Le
Luxembourg souffre du plus grand défi-
cit démocratique de toutes les démocra-
ties développées.»
«En rétablissant un organe consultatif
national assurant une consultation régu-
lière des résidents étrangers, le Luxem-
bourg pourrait espérer des effets positifs
à long terme sur les attitudes et la sensi-
bilisation du public à l'immigration et à la
discrimination, ainsi que sur la participa-
tion politique, le sentiment d'apparte-
nance et la confiance envers les immi-
grants (…) Bien que tous les résidents du
Luxembourg, quelle que soit leur natio-
nalité, bénéficient largement des mêmes
droits fondamentaux, le Luxembourg n’a
fait que la moitié du chemin pour ga-
rantir l'égalité des chances et la sécurité
à long terme aux citoyens étrangers et
luxembourgeois. Ces politiques encoura-
gent le public à considérer les immi-
grants comme leurs égaux, mais pas né-
cessairement comme leurs voisins et leurs
concitoyens.»
Pour un pays d’immigration comme le
Grand-Duché du chemin reste donc à par-
courir pour assurer sécurité et perspec-
tives aux immigrés en matière d’accès au
marché du travail, à la résidence perma-
nente et à la réunification familiale (pour
laquelle le manque criant de logements
est un obstacle de grande taille).
Et si le score lui-même était secon-
daire, indiquant simplement le besoin
d’agir dans de nombreux domaines ? 39
poi

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