Langue française au Luxembourg : entre déclin et défi pour le vivre ensemble
Permettez - moi de réagir l'excellent document de l'ASTI "Langue française au Luxembourg“, document fort intéressant et utile.
Mes quelques remarques n’enlèvent rien à la richesse du document et se veulent un modeste complément.
Dès lors je ne reprendrai pas tous vos constats.
Pour ce qui est de l’emploi du français par exemple au Parlement : jusque dans les années 1970 presque tout se passait en français. Je me rappelle que mon père, tourneur aux CFL avec une scolarité minimale, ramait pour préparer ses interventions à la Chambre en français.
Vous décrivez le français comme langue (seconde) „importée“ sur les épaules des migrants romans: mais n’est - ce pas le cas de l’anglais la deuxième langue apprise de nos jours au Portugal, Espagne et Italie ?
La place prise par l’anglais au Luxembourg n’est guère prise en compte dans votre document. Le magazine „City“ de la capitale est en français et anglais, le compte rendu du conseil communal en allemand et français, le nouvesau grand duc s’exprime em public (aussi) en anglais. Peut - on arrêter l’avancée de l’anglais ?
La langue française est confinée (pour les non -francophones) au milieu scolaire, plus précisément à la salle de classe. Dans les classes supérieures le côté littéraire prend le dessus au détriment de la langue parlée. Deux petites anecdotes : une de nos filles avait en 2e E un excellent prof de français qui parlait pendant 50 minutes, pour les 5 minutes restantes il invitait les lycéens, puisqu’il ne restait que peu de temps et qu’il fallait faire vite, de poser d’éventuelles questions en … luxembourgeois. Poursuivant ses études à Bruxelles elle a du ramer la première année - tout comme sa soeur. Personnellement j’ai donné pendant 15 ans un cours sur l’interculturalité à l’ISERP - en français. Chaque année, en incitant les étudiants à participer, la question a surgi s’ils pouvaient le faire … en luxembourgeois. 3 semestres plus tard ils étaient lâchés sur des enfants pour leur apprendre e.a. le français. Vous soulignez ce phénomène dans votre document. J’avance un critère (non scientifique) : se sentir à l’aise dans une langue. A ce moment les éventuelles fautes de langage (oral) sont secondaires.
Je ne sais si le constat suivant vaut encore aujourd’hui, à savoir que les profs (formés en littérature française) préfèrent les classes supérieures où la littérature est reine et laissent les classes inférieures aux jeunes collègues et aux stagiaires. En Allemagne les études de germanistique ont une filière distincte de Lehramtstudien avec un accent sur Deutsch als Fremdsprache.
Pendant les 1 500 heures de français l’oral est le grand absent : à la sortie du lycée les élèves ne savent guère jurer en français!
Permettez - moi d’ébaucher quelques idées sous jacentes dans votre document que je voudrais développer un tout petit peu:
- Le programme gouvernemental de 1994 prévoyait le recrutement de native speakers pour les langues: pas de suites, le sujet a disparu dans le programme (avec la même ministre) 5 ans plus tard.
- Les séjours linguistiques: je ne vous ferai pas l’injure de présenter ceux de l’ASTI en allemand à Wittlich, tout en sachant qu’un nombre limité de jeunes ont pu pratiquer chaque été pendant une quinzaine la langue allemande de tous les jours.
- Pour Luxembourg et Grande Région capitale européenne de la culture 2009 l’ASTI avait organisé des séjours croisés entre 3 lycées du Luxembourg avec un lycée de Longwy, Arlon et Bernkastel. Les élèves passaient une semaine dans une famille hôte et recevaient un élève venant de „l'autre côté linguistique“.
- Ne pourrait - on s’imaginer que chaque lycée du Luxembourg soit jumelé avec un lycée (belge ou français) et allemand avec des séjours croisés dans les familles ? Cela reviendrait moins chers que les séjours à la mer et en montagne où les jeunes du Luxembourg n’ont guère de contact avec les autochtones au delà du personnel de service.
- Pareille pratique n’aurait pas seulement des retombées en matière de pratiques des langues, mais encore en connaissance de l’autre, peut être du frontalier de demain.
- Des projets communs entre lycées „luxembourgeois“, écoles internationales et écoles européennes du Luxembourg aurait peu d’effets en matière d’émissions de CO2 mais constitueraient autant d’occasions de parler … et de se connaitre.
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